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Cryptorchidie de l'adulte : l'alerte d'un chirurgien urologue sur un facteur d'infertilité largement évitable

  • Photo du rédacteur: Dr Sabine Roux
    Dr Sabine Roux
  • il y a 13 heures
  • 6 min de lecture

Une tribune du Dr Sabine Roux, chirurgienne urologue à l'Hôpital Cochin – Port-Royal, recueillie par CESAR Fertility.

 

« Je vois davantage de patients adultes présentant une cryptorchidie, souvent dans le cadre d'un bilan d'infertilité. »
Dr Sabine Roux

Quatre patients opérés en 2025 dans son seul service. Une littérature internationale qui confirme l'augmentation. Et, en arrière-plan, deux signaux faibles insuffisamment considérés: la non-descente testiculaire chez le petit garçon, parfois mal suivie. Et l'autopalpation testiculaire chez l'homme adulte, quasiment inexistante en France.

Le Dr Sabine Roux, urologue à l'Hôpital Cochin – Port-Royal, sonne l'alerte. Ce qu'elle décrit n'est pas une fatalité. C'est un facteur d'infertilité majeur, évitable dans la grande majorité des cas, à condition de regarder.

 

Une pathologie pédiatrique… qui revient à l'âge adulte

La cryptorchidie, l'absence d'un ou des deux testicules dans le scrotum, est habituellement considérée comme une pathologie de l'enfant. Le repérage se fait à la naissance par le pédiatre, puis lors des consultations de suivi. La prise en charge optimale se situe avant 18 mois.

Pourtant, dans sa pratique, le Dr Roux observe une réalité différente :

« Mon point de départ, c'est d'abord un ressenti clinique : je vois davantage de patients adultes présentant une cryptorchidie, souvent dans le cadre d'un bilan d'infertilité. Dans notre service, en 2025, quatre patients ont été opérés pour une localisation testiculaire anormale. »

Comment passe-t-on à côté ? Trois mécanismes principaux :

1.    Un dépistage initial insuffisant ou un défaut d'accès aux soins dans la petite enfance.

2.    Le piège des testicules rétractiles (« ascenseurs ») qui montent et redescendent dans le canal inguinal, parfois sans alerter et qui peuvent secondairement se bloquer en position anormale.

3.    L'absence de toute consultation de routine de la santé masculine entre la sortie du suivi pédiatrique et l'arrivée d'une difficulté de fertilité soit, en moyenne, 20 à 30 ans sans aucun examen de la sphère uro-génitale.

Une fenêtre critique, particulièrement mal surveillée en France.

 

Une augmentation documentée et liée à l'environnement

Au-delà du ressenti clinique du Dr Roux, les chiffres confirment une tendance lourde. D'après les données de Santé publique France :

•       En métropole, le taux d'interventions chirurgicales pour cryptorchidie chez le petit garçon a augmenté de 1,8 % par an entre 1998 et 2008. Il atteint aujourd'hui 2,51 pour 1 000 garçons par an.

•       Une étude internationale de référence chiffre une augmentation de 36 % du taux d'orchidopexie en France entre 2002 et 2014 passant de 2,2 à 2,8 pour 1 000.

•       Santé publique France a identifié plusieurs clusters géographiques dans le Nord et le Centre-Est de la France, suggérant un rôle des facteurs environnementaux.

L'hypothèse aujourd'hui largement partagée par la communauté scientifique : les perturbateurs endocriniens (phtalates, bisphénols, pesticides) joueraient un rôle dans cette augmentation, en altérant le développement testiculaire in utero et durant les premiers mois de vie. La cryptorchidie fait partie des 6 effets sanitaires prioritaires que Santé publique France surveille spécifiquement dans son programme dédié aux perturbateurs endocriniens (avec l'hypospadias, la puberté précoce, le cancer du testicule, l'altération de la qualité du sperme et l'endométriose).

Autrement dit : la cryptorchidie n'est pas un problème individuel isolé. C'est un marqueur populationnel d'une santé reproductive masculine en érosion.

 

Un facteur d'infertilité évident et trop souvent silencieux

Voici le chiffre qui devrait imposer la cryptorchidie comme priorité de santé publique masculine :

« La cryptorchidie constitue une cause majeure d'infertilité masculine. Lorsqu'elle est unilatérale, elle est associée à environ 25 % d'azoospermie. Lorsqu'elle est bilatérale, ce chiffre peut atteindre 50 %. »

Soit un homme sur quatre avec une cryptorchidie unilatérale qui n'aura aucun spermatozoïde dans son éjaculat. Un sur deux dans les formes bilatérales.

Et ce n'est pas tout. La cryptorchidie multiplie aussi par 5 à 10 le risque de cancer du testicule premier cancer de l'homme jeune (15-35 ans), dont l'incidence augmente régulièrement en France (environ 2 200 nouveaux cas par an).

« Ces risques, sur le plan de la fertilité comme sur le plan oncologique, sont majorés lorsque la prise en charge est retardée. »

Le drame, c'est qu'à l'âge adulte, la chirurgie devient plus complexe, le testicule souvent atrophié, la fonction altérée. Le Dr Roux le constate sans détour :

« Chez l'adulte, l'intervention est souvent plus difficile en raison d'une fibrose plus importante, et les testicules sont souvent de petite taille. Quand le testicule n'est pas en position scrotale, ses fonctions exocrine et endocrine peuvent être altérées. »

 

L'autopalpation testiculaire : le geste manquant de la santé masculine

C'est ici que le message du Dr Roux devient particulièrement fort.

« L'autopalpation testiculaire mérite d'être davantage valorisée. Elle est beaucoup moins répandue chez les hommes que l'autopalpation mammaire chez les femmes. »

Comparons :


Femmes

Hommes

Auto-examen recommandé

Mammaire, dès l'adolescence

Testiculaire, dès la puberté

Fréquence

Mensuelle

« Variable »

Campagnes nationales grand public

Octobre Rose

(Movember, en perte d'audience)

Suivi médical structuré

Bilan gynéco annuel

Aucun

 

Le constat : il n'existe en France aucun équivalent masculin du suivi gynécologique. Aucun rendez-vous structurant, aucun examen systématique, aucune éducation populaire à l'autopalpation. Pourtant, la Société Française d'Urologie, la Ligue contre le Cancer et l'AFU recommandent toutes une autopalpation mensuelle dès 14 ans et particulièrement chez les hommes à risque (antécédents de cryptorchidie, antécédents familiaux de cancer du testicule).

Ce que peut détecter une autopalpation simple :

•       Une bourse vide (cryptorchidie passée inaperçue ou rétractée)

•       Une induration ou un nodule (cancer du testicule à un stade précoce guérissable dans plus de 95 % des cas)

•       Un testicule rétractile (à surveiller pour éviter qu'il ne se bloque)

•       Toute anomalie de volume ou de consistance méritant un avis médical

« Beaucoup de patients ayant une bourse vide ou une anomalie testiculaire finissent par s'y habituer et ne consultent pas. »

Des hommes vivent des années avec un testicule mal placé sans le savoir, ou en s'en accommodant. Jusqu'à ce qu'un parcours d'AMP, ou pire un cancer, les ramène trop tard chez le spécialiste.

 

Comment agir — concrètement

Le Dr Roux propose une feuille de route en quatre points :

  1. Renforcer la surveillance pédiatrique, avec une attention particulière aux testicules rétractiles chez l'enfant et l'adolescent dont la fréquence dépasserait celle de la cryptorchidie congénitale.

  2. Diffuser massivement l'éducation à l'autopalpation testiculaire, dès l'école et le collège, avec un message simple, clair, non anxiogène.

  3. Faire jouer un rôle actif aux médecins généralistes, qui sont souvent les seuls professionnels de santé en contact régulier avec les hommes adultes y compris via des outils simples : affiches en salle d'attente, mention systématique en consultation.

  4. Profiter de chaque consultation  quel que soit son motif pour évoquer l'autopalpation et rappeler qu'une anomalie ancienne mérite toujours d'être examinée.

« Il faut généraliser l'information sur l'autopalpation, sans créer d'anxiété excessive. (...) Il faut donc profiter des consultations de médecine générale, y compris lorsqu'elles ont un autre motif, pour évoquer l'autopalpation testiculaire. »

 

Ce que l'on retient chez CESAR Fertility

Le message du Dr Roux résonne avec ce que nous voyons chaque jour : la santé reproductive masculine reste, en 2026, structurellement sous-suivie en France. Notre récente enquête auprès de 162 hommes confirmait que 74 % d'entre eux n'avaient jamais réalisé de spermogramme et que 62 % ignoraient que leur fertilité dépendait directement de leur hygiène de vie sur les 90 derniers jours.

La cryptorchidie de l'adulte n'est qu'un symptôme d'un problème plus large : les hommes sont insuffisamment examinés, pas dépistés, pas éduqués à prendre soin de leur fertilité.

 

✅ Comment faire une autopalpation testiculaire ? Le geste en 4 étapes

  1. Choisir le bon moment : après une douche ou un bain chaud, quand la peau du scrotum est détendue. Position debout devant un miroir, ou allongée pour rechercher spécifiquement une bourse vide.

  2. Examiner un testicule à la fois : le maintenir entre le pouce et les autres doigts.

  3. Faire rouler doucement le testicule, en cherchant : une bosse dure, un nodule, une induration, une asymétrie marquée, une absence de testicule.

  4. Renouveler l'opération une fois par mois, dès la puberté.

🚨 Quand consulter ? Dès la moindre anomalie, induration, nodule, douleur persistante, ou doute. Mieux vaut consulter pour rien que de passer à côté.

 

Sources

•       Interview du Dr Sabine Roux, chirurgienne urologue, Hôpital Cochin – Port-Royal (recueillie par What's Up Doc, 2026)

•       Santé publique France — Études sur les cryptorchidies et hypospadias opérés en France (PMSI 1998-2008 et 2002-2014)

•       Santé publique France — Variations spatio-temporelles du risque de cryptorchidies opérées (2021)

•       INSERM — Dossier perturbateurs endocriniens (2024)

•       Société Française d'Urologie / AFU — Recommandations dépistage cancer du testicule (2025)

•       Skakkebæk et al., International Journal of Andrology — Tendances de l'orchidopexie en Europe (2024)

•       Ameli.fr — Cryptorchidie : diagnostic et évolution

 

📌 À propos du Dr Sabine Roux

Chirurgienne urologue à l'Hôpital Cochin – Port-Royal (AP-HP), spécialisée dans l'andrologie et la prise en charge chirurgicale des troubles de la fertilité masculine.

 

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